Jean Todt arpente le paddock de Barcelone avec l’assurance de celui qui a passé sa vie à évoluer dans les coulisses du sport automobile de haut niveau. Présent lors du lancement du livre commémoratif "Emozioni. I 500 GP di Pirelli nel Campionato del Mondo di F1", l’ancien directeur général de Ferrari et président de la FIA — qui occupe désormais le poste d’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour la sécurité routière — a partagé ses réflexions sur le passé, le présent et l’avenir de la course automobile.
Alors que de nombreux observateurs du paddock parlent d’une révolution radicale qui s’empare de la Formule 1, Jean Todt considère la trajectoire actuelle de ce sport comme une évolution tout à fait naturelle. S’adressant à La Gazzetta dello Sport, il a déclaré : "Beaucoup de gens parlent d’une révolution en F1, comme si nous étions face à quelque chose de complètement différent par rapport au passé. Mais pour moi, ce n’est pas le cas. C’est une évolution, pas une révolution. Il y a eu des changements qui ont conduit à de grands succès, ce dont je me réjouis, mais le cœur de la Formule 1 reste le même."
Le Français rejette fermement toute nostalgie des époques révolues car, comme il le dit, "la vie continue et de grandes choses peuvent être accomplies chaque jour". Pour Todt, la vie est comme un film en mouvement constant ; ceux qui cessent de s’adapter au changement risquent d’être laissés pour compte. Il se considère comme profondément chanceux d’avoir connu tant d’époques distinctes et couronnées de succès dans le monde de la course automobile, ce qui lui permet aujourd’hui d’appliquer cette même passion à son travail humanitaire à l’échelle mondiale : "Je me considère comme un homme très chanceux car j’ai pu passer ma vie à faire des choses que j’aimais beaucoup, dans différents secteurs et où j’ai également connu un certain succès."
Les années dorées de Ferrari et un héritage de leadership
En jetant un regard rétrospectif sur sa carrière historique, Todt définit explicitement son passage à Maranello comme le summum de sa vie professionnelle : "Travailler chez Ferrari a été le chapitre le plus important de ma carrière. Seize années de ma vie passées à travailler dur, parfois jusqu’à seize heures par jour, sans jamais manquer un seul jour. Beaucoup de difficultés, mais des satisfactions inoubliables. Ferrari est unique en son genre : gagner avec la voiture rouge est peut-être plus difficile, mais certainement plus gratifiant."
Parmi ses plus grandes réussites professionnelles, il place en tête de liste la renaissance de la marque italienne emblématique et son retour sur le chemin de la victoire : "Tant de choses, à commencer par le fait d’avoir ramené une écurie aussi importante que Ferrari sur le chemin de la victoire. Et puis, bien sûr, voir tous ces gars qui ont travaillé avec moi et qui occupent aujourd’hui des postes de grande importance en Formule 1 : voir Stefano Domenicali à la tête de la F1 est une immense fierté, tout comme Laurent Mekies à la tête de Red Bull, Mattia Binotto chez Audi et Andrea Stella chez McLaren. Je ne m’attribue aucun mérite pour eux, mais je suis heureux d’avoir partagé une partie de leur parcours."
Concernant la situation actuelle de la Scuderia Ferrari, Todt préfère rester discret pour éviter toute comparaison inutile, même s’il continue de tenir l’équipe en très haute estime : "Je préfère ne pas en parler, car cela n’a aucun sens de faire des comparaisons. La seule chose que je souhaite dire, c’est que je souhaite, et souhaiterai toujours, le meilleur à Ferrari. Ici, dans le paddock, en passant devant leur stand, j’ai remarqué quelques membres de l’équipe qui m’ont souri dès qu’ils m’ont vu. C’est spécial pour moi d’avoir pu contribuer à cette grande histoire."











